Relevé d'emploi

Attention: open in a new window. Print

This article was originally published only in French. No translation is available.

 

Par Hélène Monette

Je travaille à m'embaucher dans des soirées de poésie qui n'ont pas lieu. On m'invite à la désintégration du futur sans que j'y sois initiée. Le présent, on le met en boite, on le met en vente, on se le met où vous pensez. Je travaille mur à mur.

 

On m'invite aux ordures comme aux obsèques de la parole. On m'invite à ne rien dire. Je travaille comme une folle.

 

Je travaille à restaurer mentalement le bout du monde. Je travaille au pic et à la pelle. Je travaille rarement assise, je fonctionne mieux endormie.

 

Je travaille à me les casser et je me les casse. Je travaille sur une base temporaire, toujours provisoire. Je ne travaille pas d'arrache-pied.

 

Je travaille mal.

 

Je travaille à te dire que je suis incapable de te dire convenablement tout ce qui est inconvenant chez toi. Je travaille dur.

 

L'homme d'affaires

Il a une tête robotisée,

un front sillonné

des yeux routiniers

une bouche travaillée

des mains argentées,

une cravate bureaucratisée,

une chemise pressée

une cigarette brûlée

mon homme d'affaires préféré.

Janine Saine

 

Photo n&b: homme fumant le cigare et lisant un document imprimé

 

Daniel Cournoyer, Sans titre.
© Daniel Cournoyer

 

 

Je travaille à encaisser, mais la caisse est vide, les recettes sont des déboursés, la cigale va crier famine chez le voisin, son conjoint, mais il n'est pas parlable.

 

Je travaille pour rien.

 

Quand je travaille, ça me donne mal aux mains, au ventre, aux pieds et à la tête. Quand je travaille, je travaille. Ça ne m'embête pas. Je travaille toute la journée. Je travaille, je travaille, ça ne m'ennuie pas de travailler. Là n'est pas la question.

 

L'énergie, les nerfs, le cran, la fougue et le don de soi sont des denrées épuisables, sans garantie. C'est cheap à mort de miser tout dans son travail. On se tue à l'ouvrage.

 

Je travaille à m'emmerder et tout me réussit, je m'emmerde vraiment. Je suis née pour un petit pain doré alors autant le manger chaud. S'il me reste 35 cents demain, j'en emprunterai 40 pour m'acheter un café.

 

Photo n&b: panneau marqué Work more, talk less sur le site de Indianoil

 

James Rae, Calcutta, mai 1976.
© James Rae

 

 

Je prends congé. Demain je prends congé. Je n'irai pas travailler. J'enverrai ma doublure faire tout ce que je n'ai jamais le temps de faire. Elle reviendra me porter ma paye et un sac de croissants. Je resterai allongée sur des coussins à me morfondre.

 

Demain, j'irai travailler. J'irai me dépenser un peu. Faire 18 coups de téléphone et 630 photocopies. Taper deux lettres et sauter l'heure du dîner. J'irai faire preuve de mon courage et de mes faiblesses. Je travaillerai trop et ce n'est pas la peine.

 

Si vous saviez combien je gagne par semaine...

 

H.M.

 

Ce texte est reproduit avec la permission de l'auteur. © Hélène Monette


Hélène Monette · CV13 · Monday, 03 September 1990 00:00
http://www.cielvariablearchives.org/en/releve-demploi-par-helene-monette.html
 
 
 
 
© 2010 Productions Ciel variable | This project was made possible through the Canadian Culture Online Program of the Department of Canadian Heritage canada Logo