De cette broussaille qui nous a attrapés

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Par Yvonne America Truque

Je marche

solitaire, à pas perdus

dans les rues embrouillées

de la ville endormie

 

Je respire

l'air des klaxons et des voitures

les fumées nauséabondes

la puanteur des ordures

 

D'un vieux bar

j'entends un tango.

 

Vestibules

abritant enfants, vagabonds et ivrognes

Un homme caché comme un loup affamé

piège le pas de sa proie Quelqu'un vient d'être poignardé!!!

Prostituées

malandrins et seigneurs

tous confondus dans la nuit.

Des feux de signalisation, des rues

des rues, des bruits

des bruits, des bars

des bars, des militaires

!Des balles!!!

 

Je continue

ma marche silencieuse

piétinant l'asphalte

humide horloge du temps arrêté.

 

Demain

je lirai les journaux et en première page

en gros caractères je verrai

«ÉLUE LA REINE DU CAFÉ»

 

Yvonne America Truque

Traduit de l'espagnol par Jean Gauthier • Tiré du livre Projection des silences.

 

Note : La Colombie est un pays tourmenté par la violence sociale depuis les années 50. Cette situation n'est jamais révélée par les journaux nationaux. Pendant ce temps, les quelques 150 couronnements annuels de reines de beauté comptent sur un grand déploiement publicitaire et une couverture de presse complète.

 

Ce texte est reproduit avec la permission de l'auteur. © Yvonne America Truque

 

 

Photo n&b: vue de l'entrée principale d'un magasin, la nuit

 

Bruxelles, Belgique.
© Guy Lafontaine


Yvonne America Truque · CV8 · Jeudi, 01 Juin 1989 00:00
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